Shakespeare serait probablement heureux du résultat qu'à obtenu Robert Lepage

The Tempest se déchaîne au Festival d'opéra de Québec 2012 et pour une deuxième édition, les organisateurs ont réussi à déclencher toute une tempête au Grand Théâtre de Québec lors de cette première mondiale nous présentant "The Tempest" comme on ne l'a jamais vu et avec la musique de Thomas Adès, qui était sur place pour diriger les musiciens de l'Orchestre Symphonique de Québec avec une mise en scène magistrale de Robert Lepage.

Lors de cette soirée de première du 26 juillet 2012, le livret de Meredith Oakes, basé sur la pièce homonyme de William Shakespeare, n'aura jamais fait tant de vagues car cette fois elle est coproduite par le Festival d'opéra de Québec, du Metropolitan Opera de New York et du Wiener Staatsoper de Vienne en collaboration avec Ex Machina et plusieurs des dignitaires et représentants de ces pays sont présents pour pourvoir savourer à l'avance cette production qui sera bientôt dans leurs opéras. Pour Québec, vous avez la chance d'y aller le 28 ou 30 juillet ainsi que le 1er août 2012 (voir le site du festival)

Après quelques mots de remerciements, le génie de Robert Lepage nous frappe de plein fouet lors des premières minutes nous faisant vivre le naufrage du bateau qui amènera les ennemis de Prospero sur l'île mystérieuse où il est exilé avec sa fille Miranda depuis que son frère a usurpé son trône à Milan.

Le décor très polyvalent nous transporte dans l'île Sycorax où multiples personnages vont apparaître de par tous les côtés de la scène avec une fenêtre sur le passé nous permettant de voir l'histoire que Prospero raconte à sa fille avant de l'endormir d'un sommeil profond; lui permettant d'exercer sa vengeance sur ceux qui l'ont condamné à cette vie, et ce à l'aide d'Ariel l'esprit soumis à son pouvoir et qui ne désire que la libération.

Tout en entendant Prospero chanté son desespoir, on peut voir Caliban ramper dans les caves sous le plancher principal, tout comme une bête dépossèdée de tout par ce magicien dont l'imposante présence remplit le premier acte. Au second, on est plus amené à voir la peine du roi de Naples qui pleure son fils, Ferdinand qu'il croit mort noyé et des personnages l'accompagnant, partageant sa peine, se sentant anéantis sous ce poids que transportent les chanteurs sur les quatres étages de passerelles nous permettant de constater l'ampleur de la distribution nécessaire à une telle production.

Tous les sentiments sont vivement représentés, tant vocalement que physiquement, du désespoir, de la traitrise, du mensonge et du besoin de liberté...de l'envoûtement tyranique au bris du mauvais sort, l'amour triomphant qui détruit Prospero dont la magie est ainsi réduite à néant...celui de Ferdinand fils de son ennemi et de sa fille Miranda, qui forme un couple improbable formé sous la baguette magique de l'amour et qui quittent la forêt sombre vers la plage ensoleillée, vers d'autres horizons sans nuages.

La musique d'Adès a su inspirer Robert Lepage et envoûter l'auditoire qui a été charmé tant par cette composition transfigurant les états d'âmes de Shakespeare et qui a donné des personnages chevauchant le chandelier comme un cheval de bataille devant ces estrades remplies d'âmes perdues qui finalement retrouveront le goût de vivre et la raison.

Intriguant voyage au pays de l'imaginaire, visions démoniaques ou de créature céleste, de perdition et ultimement de pardon répondant à tant de détresse, il ne reste qu'à ramener le calme et la clémence est le chemin du retour; le tout transposé de façon monumentale, un gigantesque testament au génie enchanteur de cette oeuvre intemporelle.