Nelligan de Michel Tremblay, musique de André Gagnon, mise en scène de Normand Chouinard.

Avec Marc Hervieux dans le rôle titre.

NELLIGAN...à guichets fermés lors du Festival d'opéra de Québec 2012 et c'est bien dommage pour ceux qui n'ont pas de billets car la musique d'André Gagnon, les textes de Michel Tremblay et la mise en scène de Normand Chouinard ont donné un résultat incroyable avec un éventail d'interprètes talentueux nous présentant une multitude d'émotions peintes sur leurs visages particulièrement retrouvées sur les traits du vieux Nelligan, interprété magistralement par Marc Hervieux.

Que nous connaissions ou pas l'histoire de Nelligan, la rendition des scènes présentées intrigue et le décor sobre mais très fonctionnel nous aide à nous concentrer sur l'essentiel... les prestations vocales sous une musique envoûtante où se dévoile une page d'histoire, celles des souvenirs du vieux Nelligan qui voit se former sous ses yeux des moments intenses qui ont forgé sa mémoire.

La diction impeccable des protagonistes de cette vie, nous permettent de mieux la comprendre où on chante le réveil de la mer, la beauté du soleil, les hauts et bas des sentiments d'amour, d'abandon, de trahison, d'incompréhension, d'acceptation qui tisseront cette trame dramatique mais donnant tant de majestueux moments d'émotions pures, intenses, ressenties tant par les chanteurs que les spectateurs.

De l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu à Montréal en 1941, en passant par Cacouna ou chez les Nelligan, rue Laval, à Montréal puis dans une église, au petit matin, au réveil des tourments; on assiste au déroulement de cette tragédie impuissant mais compatissant, on ressent la hauteur de l'espoir jusqu'à l'abysse du désespoir, du génie pris pour de la folie, de la passion de la création jusqu'à l'ultime illumination.

On assiste à la naissance de sa poésie souffrant d'un père anglophone intolérant et aimant une mère francophone qui l'adore qui ne demande qu'à le comprendre; à la camaderie de trois adolescents parfois un peu fanfarons qui créent leurs textes selon leurs vies et au questionnement ultime sur le jugement des autres qui le pensent malade car il est entier dans son univers créatif et veulent lui couper les ailes.

Les interactions entre le passé et le présent ont vraiment donné une qualité d'interprétation hors du commun avec un niveau d'intensité incomparable, de création incontestable où le prix à payer devient trop grand, jusque dans l'oubli où les idées et les voix se confondent pour un mélange inoubliable au son des anges qui s'amusent.

On a ainsi assisté à un moment unique où la musique puissante, pénétrante nous a happé au détour, qui amène l'âme à la rencontre de cette beauté d'une page magique qui se dévoile au détour de textes habillement tricotés exprimant tant de souvenirs, d'espoir ou de rêves éteints, de regrets ou de chemins suivis, sur un passé que l'on ne peut changer mais plutôt accepter en comprenant la nature humaine.

Les duos dans lesquels le jeune Nelligan trouve écho dans la voix du vieux Nelligan lorsque ce dernier lui prodigue conseils ou essaie de prendre sa peine, de le consoler, de le protéger, sont de pures perles s'égrenant dans cet écrin qui leur a été offert mettant en vue tout le talent qu'ils renferment et qui se marient pour un effet nous pénétrant et qui nous laissent dans un état de pur contentement.

Une si belle histoire qui nous imprègne de sa saveur vibrante de poésie à l'aphasie, qui a dérapée si doucement sans s'en rendre compte jusqu'à sombrer dans l'indifférence, de l'incompréhension à l'acceptation, de moments de tendresses extraordinaires débouchant sur une kyrielle d'émotions empruntées à l'arc-en-ciel de la vie...tout simplement divin.