DANS LA RÉPUBLIQUE DU BONHEUR…présenté par le TRIDENT

Depuis le 13 janvier et jusqu’au 7 février 2015 , la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre de Québec est plongée « Dans la république du bonheur » de Martin Crimp, mise en scène et version québécoise de Christian Lapointe, traduction française de Philippe Djian et coproduction du Théâtre Blanc, en collaboration avec la Place des Arts et le résultat est plutôt surprenant et décapant.

Tout comme le mentionne Anne Marie Olivier, codirectrice générale et directrice artistique « Cette pièce est un coup de poing ou plutôt une lumière aveuglante qui nous permet de faire un constat amer sur notre société actuelle et notre course effrénée au bonheur qui nous déshumanise » et poursuit en ajoutant « Si on le prend personnellement on ne tient pas le coup 30 minutes et si on lit l’œuvre en la mettant en parallèle avec notre société, on obtient un portrait juste, cauchemardesque et cru de ce que nous sommes devenus…En programmant ce texte, en conviant Christian Lapointe pour l’orchestrer, j’ai voulu garder le public du Trident dans ce qui se fait de plus moderne et de plus mordant actuellement dans le milieu du théâtre »…on peut dire que c’est vraiment un coup de poing que l’on reçoit si on n’a pas eu le temps ou la chance de lire l’œuvre avant, ce qui devient du théâtre pour clientèle avertie.

DANS LA RÉPUBLIQUE DU BONHEUR Elle traduit très bien l’effet que cette pièce a sur nous car lorsque nous lisons le synopsis « Le repas de Noël d’une famille aux allures unies est interrompu par l’arrivée inattendue de l’Oncle Bob. Quel bonheur, quelle joie, que l’on ajoute une place autour de la table. Mais Bob ne restera pas. Sa femme Madeleine l’attend dans la voiture et l’a chargé de répandre en mots sa haine et son dégoût de sa propre famille avant de partir vivre leur bonheur ailleurs dans un monde ou le bonheur prime avec l’épanouissement personnel », on est loin de s’attendre à ce qui va se passer sur scène ou plutôt de la façon où cela nous sera présenter et on cherche encore la table pour recevoir l’oncle Bob.

Le début est un peu déstabilisant avec son décor de Noël typique avec un « petit papa noël » en musique de fond, du déballage de cadeaux se passant sur une plage avec piscine, jeu de fer, lumières, chaises longues, bar et toilette chimique qui leur servent d’écran en nous présentant les personnages qui feront un effort pour s’entendre avant de se dire leur quatre vérités et surtout de nous interpeller en nous parlant en direct chacun leur tour sur un micro qui pénètre dans la salle pour se rapprocher de nous, pour mieux faire entendre leurs raisonnements parfois décousus et répétitifs, comme si on n’avait pas compris la première fois.

DANS LA RÉPUBLIQUE DU BONHEUR Donc avec les cadeaux viennent les jalousies, pourquoi elle a plus que moi, elle est votre chouchou car elle attend un bébé non planifié, on voit chacun des protagonistes modifier leur attitude au fur et à mesure qu’ils déballent leur salade, leur regard cru sur la vie, sur ce qu’ils pensent des autres allant de la grand-mère qui voit le monde de haut, en passant par son conjoint, un grand père pas sénile, qui aime les revues pornos et les effets qu’il en retire, les deux sœurs qui s’entendent plus ou moins, leur père qui est sourd lorsque cela lui convient et la mère qui elle ne voit que ce qu’elle veut sans oublier l’oncle Bob qui relaie la haine de sa femme.

Tant de raison de rester et encore plus de partir. Des questions existentielles telles que pourquoi es-tu venue au monde et pourquoi choisir d’avoir un bébé? Un mélange de tragédie comique pour certain mais surtout dérangeant de par son style et les mots utilisés parfois trop libéraux dû à la liberté d’écriture. Les médiums varient beaucoup en utilisant pour appuyer leurs dires dont un théâtre de poupées qui scandent les paroles à répétition car chacun écrit son script dans le ciel avec tout ce qu’un être humain a besoin.

Parfois certaines libertés débordent du cadre habituel et bousculent avec la liberté d’écarter les jambes, les fouilles profondes à l’aéroport entre autres et ce n’est pas du théâtre traditionnel car c’est plus un enchevêtrement de scketchs, monologues, slogans et répétitions style mantra qui semblent nous assaillir de toutes parts. Cela prend un esprit élastique pour absorber le choc avant de tout laisser derrière et d’enchaîner sur notre propre vérité et vie, sans flashs back répétitifs qu’ils utilisent parfois à outrance et qui sont appuyés à maintes reprises par des portions musicales aussi déjantées que les textes qu’ils décrivent en langage populaire ou de manière crue avec des connotations sexuelles puissantes .

Des tableaux bousculant des conventions, loin de la facture classique habituelle menant plus vers l’expérimental…rien de surprenant pour ceux qui connaissent déjà le style mordant de Martin Crimp.

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