LECTURE: UN PLAISIR PARTAGÉ AVEC KIM THUY et Vi

Kim ThuyAprès « Ru », « À toi » et « Man », Kim Thuy nous revient cette fois avec « Vi » toujours avec une écriture sensible, franche, respectueuse de l’histoire, poétique, envoûtante et une sagesse sous jacente qui rendent ses récits si captivants. Quand on débute la lecture on se sent immédiatement interpellé et on a envie de plonger dans la vie de cette famille où les relations parents, grands-parents, enfants et leurs racines fascinantes sont tellement différentes des nôtres : dépaysement garanti.

Vi : ce mot signifie d’abord « minuscule » mais le nom complet du personnage est Baô Vi, ce qui veut dire « protéger la plus petite » c’est ainsi que l’auteure nous la présente, la décrit avec des mots délicats et nous amène dans le Vietnam où l’histoire se déroulera en partie. Sa manière de nous présenter ses idées en petits chapitres rendent la lecture encore plus facile, qu’on ait le temps de lire longuement ou non.

Les traditions asiatiques nous ouvrent leurs portes grâce à la vision de Kim et on y sent beaucoup de respect, de servitude par moments mais aussi de liberté, de petits bonheurs et jeux de rôles. La description du périple les amenant du Vietnam au Québec en passant par la traversée de la mer, la vie des gens dans des camps de réfugiés jusqu’au paradis des hommes à torse nu en pleine canicule nous montre encore une fois la différence dans nos cultures, des rizières au gouvernement étranglant son peuple à l’époque jusqu’au Pôle Nord avec son père Noël…tout un changement.

Espace et horizons les effraient de par le contraste de leur vie d’avant puis c’est l’arrivée sur la 3e avenue à Limoilou, les études, de nouveaux chemins à parcourir, un avenir devant eux mais toujours aux arômes du Vietnam et sa mère. Leur mentalité est tellement différente et loin de nous; les expériences québécoises devenaient confusion étant parfois l’opposé de celles qu’elle était habituée comme « Tu es dans ma bulle » pour elle c’était une déclaration d’amitié permettant d’être dans ses pensées, dans son espace intérieur, le seul endroit qui soit inaccessible aux autres à moins de les inviter…tandis qu’ici tu entres dans mon espace vital donc recule et dégage, donc pas du tout la même chose.

Autre différence majeure, l’entraide extrême dont ils sont habitués de donner, ouvrant grandes les portes de leur maison pour accueillir les étrangers qui étaient nouvellement réfugiés, peu importe la taille de leur maison et des nouvelles familles vivant chez eux; tellement d’allées et venues qu’il devenait difficile de les reconnaître. Le respect des traditions, la manière de gérer l’amour, la soumission de la femme qui fait tout pour l’homme qu’elle aime pour qu’il n’ai aucun souci. Le regard des autres membres de la famille sur leur avenir, leur études, la honte que les gestes peuvent créer, tout un poids à traîner faisant courber le dos.

Le changement d’attitudes au contact d’une nouvelle manière de vivre, d’un autre pays, d’une nouvelle génération qui assiste à la démolition du mur de Berlin, symbole ultime de libération pour tous et encore plus pour ceux qui ont vécu dans des camps de réfugiés ou ont subi les sévices des pirates rencontrés sur leur chemin vers un autre monde. Tout un voyage émotif dans cette saga dans la vie de « Vi » écrit par une auteure de cœur qui vous amènera dans ce pays lointain avec son trait de plume volant libre au vent de son imagination.

(Libre Expression- 2016, 144 pages www.edlibreexpression.com )

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