Carl Trahan. Parce qu’il y a la nuit Prix MNBAQ en art actuel

Musée national des beaux-arts du Québec Le Musée national des beaux-arts du Québec, grâce au soutien financier de RBC, est fier de présenter l’exposition du récipiendaire du Prix MNBAQ en art actuel de 2016, Carl Trahan. Parce qu’il y a la nuit. Du 6 avril au 24 septembre 2017, les visiteurs pourront découvrir le travail fascinant de cet artiste, qui approfondit, notamment par le truchement de l’écriture, du dessin et de néons aux éclats vifs, une réflexion sur les effets bouleversants de la modernité, le poids des mots et les failles de la traduction. Plus d’une vingtaine d’œuvres fortes ont été rassemblées pour la toute première exposition monographique de l’artiste dans une institution muséale, qui sera accompagnée d’une publication importante.

Au gré d’une production qui emprunte en partie au minimalisme, l’artiste propose une pensée riche sur la frénésie qui a accompagné les débuts de l’époque moderne. Les œuvres de Carl Trahan comportent une gravité insoupçonnée au premier abord. Elles remontent le fil du temps pour évoquer un monde au bord de la ruine, confronté aux traumatismes successifs des révolutions politiques, industrielles et scientifiques. Trahan ramène à la conscience de certains des épisodes les plus terribles et douloureux de l’histoire de l’Europe, comme le nazisme allemand ou le fascisme italien, notamment par le travail du texte. Il fait voir la clarté dans l’obscurité et la nuit dans le jour.

Carl Trahan Parmi les œuvres incontournables de l’exposition, Ewig (Sütterlin) (2012) accueille le visiteur dans la rotonde devant la salle consacrée à Trahan. Cette enseigne au néon présentant le mot ewig – traduisible en français par éternel – fait partie des superlatifs régulièrement employés par les nazis, qui ont tiré parti de l’éclat du néon dans leur propagande.

La série de dessins au graphite sur papier réalisée en 2011, 7 (les mots les plus terribles du national-socialisme) affiche clairement la volonté de l’artiste de rendre visible l’immontrable. Ce polyptyque reprend sept mots du vocabulaire national-socialiste, transcrits dans l’impressionnante police Fraktur (héritée de l’écriture gothique), qui était imposée dans les écoles allemandes entre 1935 et 1941. Les lettres de chacun des mots ont été superposées les unes aux autres, puis la forme résultante a été dessinée. Nimbées d’une étrange nuée, ces formations figurent bien l’infigurable, entre frayeur et conjuration. Avevamo vegliato (2014), reprend la phrase initiale du premier Manifeste du futurisme (1909) de Marinetti en italien et en français.

Carl Trahan. Parce qu’il y a la nuit Prix MNBAQ en art actuel L’artiste a recouvert le papier de graphite pour faire ressortir en pointillé lumineux la promesse de ces mots, associés au futur et à la venue du jour. Cette mise en lumière n’est possible que parce que la nuit existe, celle du passé, que les futuristes abhorraient. Trahan fait ici écho à la part inquiétante de ce pan de la modernité. Ces trois œuvres représentent particulièrement bien la profondeur et toute la richesse de la réflexion derrière le travail de l’artiste lauréat.

Carl Trahan, un parcours singulier
Les œuvres de Carl Trahan ont été présentées depuis près de 20 ans dans plusieurs centres d’artistes et galeries au Québec, au Canada et en Europe. Il a notamment obtenu des résidences aux Studios du Québec à Rome (2012) et à Paris (2007), de même qu’au Pilotprojekt Gropiusstadt, GEHAG et au Kulturnetzwerk Neukölln, à Berlin en Allemagne, de même qu’à Espoo en Finlande, à la Fondation finlandaise de résidences d’artistes (FASF), toutes en 2005. Entre 2005 et 2012, l’artiste s’intéresse à la traduction et à sa transposition dans le domaine des arts visuels. Approche similaire à l’acte d’écrire, Trahan privilégie le dessin, dans sa production récente, pour représenter certaines notions liées à la traduction, mais il ne se limite pas à cette technique.

Carl Trahan. Parce qu’il y a la nuit Prix MNBAQ en art actuel Il a, par le passé, utilisé l’objet, la photographie et l’installation. Sa dernière exposition à Montréal, à la Battat Contemporary, poursuivait une réflexion sur le passé sombre de l’Europe, se penchant sur la période allant de la deuxième révolution industrielle à la Première Guerre mondiale. Il y abordait « à la fois l’excitation provoquée et la crainte suscitée par les avancées techniques et scientifiques de l’époque, ainsi que le nouveau rythme de vie qu’elles imposent. »